Voilà plusieurs années que nous pensons que les points communs entre offices de tourisme et tiers-lieux sont nombreux. Nous avons impulsé des réflexions collectives avec la MONA depuis 2015, notamment à l’occasion d’un bacalab organisé par l’agence régionale en 2016, puis lors de notre Grand Ramdam 2017 à travers un atelier dédié. Ce sujet a même fait l’objet d’un dossier thématique dans l’édition mai-juin 2016 de la revue touristique Espaces.

Parallèlement, nous constatons qu’il existe de nombreuses relations entre les tiers-lieux néo-aquitains et les acteurs touristiques locaux ; dans le cadre de notre « Photographie des tiers-lieux » réalisée en 2016, 32% d’entre eux déclarent recevoir des touristes ou vacanciers et 56% accueillent des travailleurs nomades. En outre, une dizaine de tiers-lieux développe des partenariats avec les offices de tourisme de leurs communes ou agglomérations, principalement sur le volet tourisme d’affaires, mais pas seulement.

Du côté des offices de tourisme, l’heure est à la transformation depuis une dizaine d’années. L’entrée dans l’ère d’Internet – conduisant les touristes à consommer autrement – et la baisse des fonds publics – entraînant la fermeture de nombreux points d’information touristique, sont à l’origine de réflexions récentes ; nouveaux modes d’accueil des touristes, nouvelle acception du touriste (est-ce qu’un habitant ne devrait pas également être considéré comme un touriste sur son propre territoire ?), digitalisation des services, nouvelles formes de management dans les offices de tourisme… sont autant de sujets qui amènent les professionnels du tourisme à se pencher sur le mouvement des tiers-lieux pour les infinies possibilités de réponses qu’ils pourraient apporter.

Autant de sujets communs, ça crée des liens ! C’est ainsi que la MONA a rejoint le sociétariat de la Coopérative Tiers-Lieux en juin 2017.

Le hasard du calendrier a voulu que nous organisions une première réunion de travail entre nos équipes respectives, un 6 juillet 2018, jour de départ en vacances scolaires pour tous les bambins français, afin d’apprendre à mieux se connaître et partager nos visions et connaissances du sujet à l’échelle de la région. Cet article vise à restituer ces échanges.

Zoom sur la MONA et les offices de tourisme

La MONA est l’agence régionale du tourisme et la tête de réseau des 160 Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine, ce qui représente pas moins de 1300 salariés et 250 lieux d’accueil. La MONA a pour objectif de stimuler les hommes et les territoires pour les rendre compétents, novateurs, connectés (mise en réseau et dimension numérique) et fiers de leurs actions. Ses missions sont articulées autour d’un plan d’action multiforme essentiellement basé sur la formation (présentiel, e-learning, qualifiante, centre de ressources) et la transformation des structures (évolution de l’organisation, évolution des missions d’accueil / information).
Sur le territoire régional, 40% des Offices de Tourisme sont structurés sous la forme associative, les autres sont majoritairement structurés en Établissement Public Industriel et Commercial. Ils sont essentiellement constitués en petites équipes de moins de 6 salariés. La fermeture des bureaux d’accueil est une réalité en Nouvelle-Aquitaine ; là où on l’on en comptait 600 auparavant, on en dénombre aujourd’hui environ 400. Pourtant, il existe encore peu de réelle transformation malgré la sensibilité des Offices Tourisme au besoin de bouger les lignes. Et pour le moment, il semble difficile d’envisager la mutation des Offices de Tourisme en tiers-lieux car il existe peu de jonction entre les acteurs locaux et les Offices de tourisme / collectivités, là où, on le sait, les acteurs publics auraient un rôle à jouer pour faciliter la constitution d’un collectif de travail et « laisser faire » les porteurs de projets.

L’une des réponses à cette conjoncture mouvante est de ne plus considérer le rôle de l’Office de Tourisme uniquement pour les touristes mais également, voire avant tout, pour les habitants. Pourquoi les habitants ne pourraient pas être touristes chez eux ? Comment répondre à une demande touristique émanant des habitants ? Comment générer une meilleure cohabitation entre touristes et habitants ? Comment favoriser les rencontres et les échanges entre eux ? … Pour faire écho à cette nouvelle approche, « l’Office de Tourisme nouvelle génération » a vu le jour à Evreux en Normandie, avec l’inauguration récente du Comptoir des Loisirs : coworking, boutique, carte du territoire. Il s’agit d’un Office de Tourisme qui ne dit pas son nom, afin que chacun y trouve la curiosité et l’envie de pousser la porte. L’Office de Tourisme propose des services aux commerçants pour dynamiser le tissu local et ses actions sont prioritairement tournées vers les habitants. Cette volonté de parler avec et pour le territoire reste assez novatrice dans le secteur du tourisme et nous fait penser à l’ancrage local tant revendiqué par les créateurs de dynamiques tiers-lieux…

Des initiatives qui émergent

Mais sans parler de mutation, il existe des exemples de collaborations entre tiers-lieux et offices de tourisme, à l’image de Cowork en Ré, dont Nathalie Wiederkehr, la fondatrice et gérante, était présente à cette réunion pour témoigner de son expérience. Situé au coeur de la touristique Île de Ré, Cowork en Ré est un espace de coworking ouvert aux Rétais et aux touristes de passage depuis septembre 2017. Le tiers-lieu est implanté dans le village artisanal de Loix qui draine un flux de touristes conséquent, venus visiter les productions locales. Il n’est pas rare que les vacanciers de passage poussent la porte de Cowork en Ré pour visiter l’espace, comme ils le font avec les autres producteurs et commerçants alentours. De manière plus formelle, l’espace de coworking et l’Office de Tourisme intercommunal ont développé un partenariat d’apport d’affaires visant à accueillir les professionnels locaux ou de passage. Par ailleurs, Nathalie envisage d’organiser des réunions d’accueil et d’information sur la vie à l’Île de Ré pour renseigner les nouveaux habitants de plus en plus nombreux. C’est l’une des caractéristiques communes entre les offices de tourisme et les tiers-lieux puisqu’ils étaient 84% à déclarer recevoir les nouveaux habitants lors de la « Photographie des tiers-lieux » en 2016.
Nathalie est d’ailleurs à l’origine d’un rassemblement entre les tiers-lieux de Charente-Maritime pour préfigurer un réseau à l’échelle du département, sur lequel les enjeux touristiques sont majeurs. Pour le moment, le déploiement d’un pass d’accès aux tiers-lieux du réseau local est envisagé comme première action phare.

Au Bouscat dans l’agglomération bordelaise, l’espace de coworking associatif Le Patio n’en finit plus de s’agrandir ! Après seulement 3 ans d’existence et une première extension du local, l’équipe bénévole vient de terminer les travaux de l’étage afin d’y développer une offre de coliving. Le principe étant de proposer à des professionnels de bénéficier d’un bureau et d’un logement sur le même site. Le but est d’accompagner et d’aider les entrepreneurs en facilitant leur accession au logement (facilité administrative, tarif), en leur permettant de bénéficier de la synergie existante au sein de l’espace de coworking, et de se concentrer sur leur projet. Cette offre de logement devrait sans nul doute attirer et maintenir de nouveaux habitants ponctuels sur la commune.

À St-Julien-en-Born sur la côte landaise, on vient parfois spécialement pour découvrir La Smalah, le tiers-lieu qui fédère 800 adhérents pour une population de 1600 habitants ! Et pour cause, outre les espaces de travail qui y sont proposés, on y trouve un café associatif foisonnant de vie et d’activités variées ; conférences, concerts, groupe de parole, ateliers (ateliers numériques, atelier guitare, atelier de tricot, « coding-goûters », ateliers autour de l’alimentation)… Et la Smalah ne se limite pas à ses propres activités, elle sait se regrouper avec d’autres acteurs locaux pour organiser des temps forts toute l’année, et notamment l’été, lorsque la saison touristique tourne à plein régime. Chez eux c’est sûr, on ne s’ennuie jamais !

Au Tiers-Lieu de Bègles, situé au sud la métropole bordelaise, on envisage de devenir un relais sur les questions touristiques en métropole. Il ne s’agit pas de chercher à remplacer l’Office de Tourisme situé en plein coeur de Bordeaux, à 6 km de là, mais d’apporter une solution de proximité pour les habitants et les touristes de passage sur la commune.

À Couhé (dans la Vienne), le tiers-lieu l’Ouvre-Boîtes partagera ses futurs locaux avec un point touristique ouvert 6 mois par an. En effet, la communauté de communes du Civraisien en Poitou est en cours de réhabilitation de l’ancien lycée professionnel qui accueillera prochainement le tiers-lieu associatif et ses nombreuses activités sur une partie du rez-de-chaussée et aux étages. Un point d’accueil touristique sera installé à l’entrée du bâtiment d’avril à octobre, ainsi qu’une boutique partagée par des producteurs locaux. La cohabitation de ces 3 activités (loisirs et travail / tourisme / artisanat) en cœur de ville devraient drainer un passage plus conséquent et s’alimenter à la manière de vases communicants.

Les forces vives de l’Arrêt Minute à Libourne (en Gironde) ont développé avec l’Office de Tourisme local, une offre de tourisme d’affaires, pour répondre à l’attractivité croissante de la commune. Mais l’activité n’a pas été poursuivie depuis le changement de direction de l’Office de Tourisme car aucune stratégie autour de l’accueil d’entreprises n’a été pensée et partagée / diffusée auprès des équipes. Ceci démontre bien la nécessité, lors du développement de projets communs comme ceux cités ici, de favoriser l’inter connaissance des structures sur le territoire afin de formaliser un plan d’actions commun.

La relation entre touristes et tiers-lieux pose une question sous-jacente ; sur des territoires à fort potentiel touristique, comment partager la culture tiers-lieux avec quelqu’un qui sera là seulement quelques jours ?

Et nous, Coopérative Tiers-Lieux et MONA, toutes deux têtes de réseaux régionales, comment peut-on accompagner et faciliter le développement de ces initiatives dans les territoires ?

Détecter les actions locales et modéliser la démarche

Ces discussions et retours d’expériences nous ont permis de distinguer 4 scénarii :
> l’accueil d’un flux touristique important amenant avec lui des besoins non couverts de type connexion, espace nomade (ex : Cowork en Ré / Point touristique de Lacanau)
> une cohabitation tiers-lieu / point touristique (ex : Ouvre Boîtes à Couhé)
> une coopération forte autour d’une offre de tourisme d’affaires ou d’une possibilité devenir relais touristique (ex : Arrêt Minute à Libourne et Le Patio au Bouscat / Tiers-Lieu de Bègles)
> le tiers-lieu devient un outil attractif de tourisme (ex : Smalah à St-Julien-en-Born)
> office de tourisme en mutation (ex : Office de Tourisme de Tarnos)

Nous souhaitons étudier les différents exemples portés à notre connaissance afin de modéliser les démarches ayant conduit à des connexions tiers-lieux & tourisme, dans le but de favoriser le développement d’autres initiatives en Nouvelle-Aquitaine.

Si le sujet vous intéresse, nous vous donnons rendez-vous en janvier 2019 pour un Petit Ramdam des Tiers-Lieux dédié ; restez connectés !