On s’est pris une bourrasque de vent en passant sur le pont Anne de Bretagne en guise de «bienvenue sur l’île de Nantes ». J’ai vu Lucile se marrer à travers la mèche de cheveux bouclés qui lui arrivait sur le visage et qu’elle tentait de remettre en place. C’était notre première expédition dans la cité des Ducs de Bretagne, encouragée par une invitation des Ecossolies à présenter la Coopérative Tiers-Lieux et à participer aux Ateliers du Vendredi, un format d’événements thématiques mensuels organisé au Solilab.
On s’apprêtait à rencontrer une partie de l’équipe des Ecossolies, Mélanie Boghoss, responsable du Solilab et Damien Labrousse, en charge de la coordination de projets et de l’animation du réseau. On s’était réunis dans le cadre d’une rencontre informelle en marge des Ateliers du Vendredi afin de faire connaissance et de parler de nos projets respectifs. Mélanie nous a guidé jusqu’à une salle de réunion où nous avons également eu le plaisir de rencontrer Jean-Loïc Sorel, délégué régional des Cigales Pays de la Loire, Marie Teyssier, chargée d’études socio-économiques à la CRESS Pays de la Loire et Jérémie David, couteau suisse de La Cordée Rennes.

Le Solilab est un projet porté par l’association les Ecossolies qui a plus de 10 ans d’existence et dont l’objet est de fédérer les acteurs de l’ESS à Nantes. L’idée du lieu est née en 2008 du besoin de rassembler les acteurs et de favoriser leur développement. La partie gestion et animation, dont Mélanie est en charge, est portée par une SCIC de 33 sociétaires dont une grande majorité de structures locataires du lieu et de salariés. C’est un projet qui a été co-construit par les membres de l’association et la collectivité locale, dont l’activité principale est tournée vers de l’hébergement de structures ; location de salles de réunion, de bureaux et d’espaces de travail partagés, pépinière d’entreprises … Mais il serait discordant de réduire l’activité du Solilab à son activité locative. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un tiers-lieu résolument orienté Économie Sociale et Solidaire qui propose de nombreux outils pour faciliter l’activité entrepreneuriale ; actions de communication, mise en réseau, accompagnement de porteurs d’idées ou de projets, etc. En dehors de la fonction « travail », on peut également profiter de services annexes comme la recyclerie installée dans 500m2 à côté de la cantine qui accueille quotidiennement des traiteurs locaux et des cuisines de rue. On peut même utiliser l’un des deux vélos mis à disposition pour les coworkers ou bien se faire coiffer sur son lieu de travail une fois par mois ; si c’est pas beau le service de proximité ?!

Source https://alternatiba.eu/nantes/locations/solilab-nantes/

On s’est retrouvés le lendemain, vendredi 30 juin, pour les Ateliers du Vendredi qui étaient découpés en deux temps ; les interventions du matin avaient plutôt vocation à nourrir les interrogations des gérants de tiers-lieux, tandis que l’après-midi était destinée aux porteurs de projets.

Après une visite commentée du Solilab rondement menée par Damien, c’est Laurence Lebousse de La Cantine qui a ouvert la table ronde de cette matinée. La Cantine Nantes est née en 2010 sous l’impulsion de l’association Atlantic 2.0 dont le Conseil d’Administration est exclusivement constitué de dirigeants d’entreprises. L’espace de coworking reçoit un événement par jour, ce qui représente une fréquentation d’environ 30 personnes uniquement sur la partie événementielle. On peut notamment participer aux permanences trimestrielles réalisées par les partenaires de la Cantine à destination des coworkers.

« On est là pour permettre et pour favoriser mais pas pour faire à la place de. »

Puis nous avons découvert Î-link association, {re}présentée par Lise-Marie Marchand, chargée de projet et de la gestion / animation des 3 espaces de coworking portés par la structure. Elle a été crée dans le cadre du programme immobilier Î-link, qui verra prochainement le jour sur l’île de Nantes, afin de porter le volet « maîtrise d’usages ». Le but est d’amorcer une réflexion sur les usages et les besoins des habitants du quartier en amont de la livraison. Cette phase d’expérimentation a démarré dans le quartier des Olivettes (situé en face de l’île de Nantes, côté Nord de la ville) avec la création de 3 espaces de coworking et d’une offre de services destinée à tous les usagers du quartier dans le but de tester l’animation et la vie du futur lieu. Une programmation variée a été imaginée de sorte à fédérer différentes typologies d’utilisateurs et à créer une vie de quartier ; distribution de paniers de légumes et présence de food trucks tous les midis au pied des 3 espaces de coworking, organisation de concerts ou de vides greniers, etc. C’est un peu une concierge-laboratoire de quartier qui a été aménagée. Toutes ces propositions de services annexes sont gérées par les 2 salariées de l’association. Côté montage financier, outre les commissions réalisées sur les prestations de services proposées au sein des espaces de coworking, î-link association a perçu des aides de la Région Pays de la Loire et de Nantes Métropole sur des fonds de recherches et d’innovation sociale avec pour objectif d’atteindre l’autonomie financière à 3 ans ; c’est chose faite depuis l’an dernier !

Source http://www.ilink-asso.fr

 

Remy Marronne  a ensuite pris le parole pour parachever cette première table ronde et nous parler -entre autre- de son espace de coworking ouvert en 2013 dont le nom enchante toujours mes oreilles ; l’Espace Esperluette. Il s’agit du petit nom que l’on donne à ce sigle «&» que l’on sait rarement nommer ; maintenant vous le saurez ;-). Pour lui tout l’enjeu de cette activité est de générer des coopérations entre les membres de son espace et avec les autres tiers-lieux de la ville afin de contourner l’effet concurrence qui peut s’immiscer. Ce n’est donc pas un hasard s’il est l’un des membres actif du projet de réseau d’espace de coworking Nantais impulsé en 2015 par la Métropole. Des commissions ont été montées, comme celle sur la communication inter-espaces par exemple, qui a donné lieu, notamment, à un fichier partagé sur lequel chaque tiers-lieu peut indiquer ses places disponibles afin de faciliter la redirection des demandes reçues par chaque espace. Ils organisent également « L’afterwork des coworkers » tous les 3 mois afin de permettre à leurs membres de se rencontrer et de développer des synergies. Malgré une volonté partagée par la grande majorité des gérants d’espaces, Rémy souligne la difficulté (éprouvée par tous) à mobiliser du temps en dehors de la gestion de leurs espaces respectifs.Pour découvrir tous les espaces de coworking de Nantes et son agglomération, c’est par ici.

Ces riches retours d’expériences ont laissé place à une conclusion de matinée orchestrée par {notre} Lucile Aigron {nationale}, co-fondatrice et co-gérante de la Coopérative Tiers-Lieux en binôme avec Nathanaël Mathieu, co-fondateur de LBMG Worklab.

Les activités développées par LBMG Worklab visent à apporter des réponses concrètes, au travers de l’expérimentation et du « faire », à l’enjeu posé ici ; comment s’inspirer des espaces de coworking pour en faire des laboratoires du travail et de la ville de demain ?
À l’origine de la société crée il y a 8 ans par Nathanaël Mathieu, Frantz Gault et Baptiste Broughton, il y a leurs besoins respectifs de pouvoir trouver un lieu pour travailler facilement en toute flexibilité. Depuis, ce sont plus de 2000 espaces de coworking qui sont recensés dans le monde ; facilement appropriés par les entrepreneurs, beaucoup plus difficilement par les salariés par méconnaissance et difficulté à remettre en question les schémas traditionnels de nos modes de travail. S’est ainsi rapidement posée la nécessité de convaincre les managers de permettre à leurs salariés de fréquenter des tiers-lieux. LBLG Worklab s’est emparée du sujet dès 2009 en frappant aux portes des grands groupes dans le but de rencontrer les managers et de tenter de faire bouger les lignes.

« On a souvent été vu comme les gars qui apportent les costards-cravates dans les espaces de coworking »

Aujourd’hui c’est une vingtaine de grands comptes qui sont concernés, soit environ 3000 salariés qui fréquentent des espaces de coworking tous les jours. Le simple fait de venir travailler dans un tiers lieu devient une vraie source d’inspiration pour les salariés et les managers s’en rendent désormais compte. Forte de nombreux accompagnements au changement, la team de LBMG Worklab a mis en place des indicateurs de mesure d’impacts sociaux, sociéteaux, économiques, territoriaux (et bien plus encore) de façon à illustrer l’importance et la pertinence du télétravail dans les tiers-lieux.

« Le facilitateur sera la posture du manager de demain »

Depuis 8 mois, Nathanaël rencontre les DRH de la région Nantaise pour les convaincre de passer à de nouveaux modes de travail ; l’objectif est de lancer au moins 3000 personnes en expérimentation d’ici à la fin de l’année 2017.
Mais attention à ne pas aller trop vite ; tout comme il y a plusieurs types de besoins et de motivations qui amènent les salariés à vouloir travailler dans un tiers-lieu, il y a plusieurs profils de coworkers nomades, comme l’ont développé Baptiste Broughton, Herveline Denis, Xavier de Mazenod, Nathanaël Mathieu et Frantz Gault dans leur livre blanc « Coworking, les nouveaux bureaux de l’entreprise » :

Source – Livre blanc « Coworking, les nouveaux bureaux de l’entreprise »

Le télétravail n’est d’ailleurs pas fait pour tout le monde. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’une seule personne ne souhaite pas s’y livrer que l’entreprise doit bloquer le sujet au sein de sa structure. La mise en place du télétravail dans les tiers-lieux reste donc un sujet capital à manipuler avec des pincettes.

Et puis on s’est tous dirigés vers le coin cantine, dans un bâtiment qui me faisait penser au gymnase de mon ancien lycée (en beaucoup moins bruyant et bien plus agréable) ; rapport à la superficie je pense. On y a installé quelques tables et chaises pour déjeuner confortablement et goûter un plat éthiopien superbement exécuté par la personne qui tenait le food truck présent ce jour-là.

L’objectif de cette après-midi était de faire découvrir aux porteurs de projets l’essentiel de ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans l’aventure grâce à des présentations et des retours d’expériences d’autres tiers-lieux du territoire

Source – www.presseocean.fr

C’est ainsi que l’on a découvert L’Équipage, {re}présenté par Anne-Florence Albert. Un chouette café-librairie installé en plein centre-ville de Bouaye, commune de 7000 habitants située au sud-ouest de l’agglomération Nantaise. Le projet est parti de l’envie de certains habitants d’extraire la commune de l’effet cité dortoir dont elle est victime, en y ramenant de l’activité et de l’attractivité. Le livre est simplement un prétexte pour animer la vie locale, au moyen notamment, de projets ponctuels tels qu’un marché solidaire à Noël, une fête de printemps pour sortir des murs et s’installer sur la place publique ou une guinguette et des concerts lors des beaux jours. Situé dans une maison de 70m2 mise à disposition par Nantes Métropole, L’Équipage propose donc une activité café dont les consommables sont équitables et locaux, ainsi que des livres neufs ou de seconde main. Le tiers-lieu est également reconnu « Espace de vie sociale » par la CAF et propose une vingtaine d’animations par mois (soirée jeux, concert, etc.) ce qui génère 500 passages mensuels dont une trentaine d’utilisateurs très réguliers. Côté ressources, le lieu est géré par 2 salariés (25h/semaine) et porté par une association loi 1901 constituée d’usagers et d’habitants, pilotée par un Conseil d’Administration et une co-présidence. La vie de café permet de financer un poste salarié, le reste des ressources est alimenté par des apports financiers de la communauté de communes (2000€/an) et par l’initiative de 25 bénévoles qui œuvrent quotidiennement pour donner de la vie au café-librairie (l’équivalent de 28000€/an en valorisation de bénévolat).

Source – www.la-cordee.net

Puis c’est Jérémie David qui nous a présenté la Cordée de Nantes ouverte en novembre 2016, plutôt conçue pour accueillir des travailleurs nomades puisque sa configuration ne propose pas de bureaux fixes fermés. Jérémie a insisté sur l’importance de créer des temps forts dans la journée comme le fait de déjeuner ensemble tous les jours ou d’accueillir des événements ouverts à tous afin de fédérer une communauté autour du projet, au-delà du lieu. Côté communauté justement, il n’y a pas de profil type du coworker qui fréquente la Cordée et pour la petite anecdote, ils accueillent même un détective privé ! #original

Enfin, nous avons fait la rencontre de Jamilah El Koubaily de La Malle Créative, une association loi 1901 crée en 2002 à St Herblain qui a vocation à promouvoir le lien social des femmes et des jeunes dans la vie du quartier en favorisant et en développant les échanges et les rencontres interculturelles. La Malle Créative s’organise autour de 3 activités : un laboratoire culinaire, un volet administratif et un espace d’accueil. L’association a développé une activité de restauration / traiteur à destination de publics variés et mutualise des locaux pour les professionnels ou les particuliers. Elle propose également des temps de rencontres à destination des adolescents, des jeunes adultes et des femmes :
> La pause ado à l’heure du goûter pour aider les jeunes à se projeter autour d’un projet
> La pause paperasse pour les jeunes adultes en décrochage scolaire afin de leur apporter un soutien
> La pause femmes pour échanger et discuter
Le projet est porté par environ 25 bénévoles actifs représentés par un Conseil d’Administration d’une quinzaine de personnes. La principale source de revenus est générée par l’activité traiteur puis par les dons et l’aide bénévole qui lui est apportée ; l’association ne perçoit pas de subventions. Par ailleurs, des salariés sont mis à disposition de l’association par leurs partenaires au moyen d’une convention qui encadre cet échange.

Source – http://lamallecreative.wixsite.com

 

Les derniers échanges de la journée ont été alimentés par Stéphane Frenest de la Fédération Animation Rurale 44, Erwan Garnier de Nantes Métropole et Zohra Zaouini du Réseau des Lieux Collectifs de Proximité. Ce dernier regroupe aujourd’hui 7 structures dont L’Equipage et La Malle Créative afin de capitaliser, mutualiser et valoriser ces différentes expériences innovantes d’économie sociale et solidaire. Le but étant de pouvoir consolider les structures déjà existantes, de favoriser le transfert de ces expériences et l’émergence de nouvelles activités.
Le Réseau des Lieux Collectifs de Proximité est soutenu, entre autre, par les Ecossolies, Nantes Métropole et par Animation Rurale 44. Cette fédération d’éducation populaire créée en Loire-Atlantique en 1994 est composée d’une quinzaine de salariés. Se reconnaissant du champ de l’ESS, elle a pour finalités d’accompagner les initiatives et les projets associatifs locaux, de fédérer et de mettre en réseau les associations membres et de les intégrer à leur tissu partenarial.

         

 

Tour à tour conteurs et spectateurs, on s’est racontés nos histoires de tiers-lieux pendant des heures … Et ce fut un vrai succès ; une centaine de personnes a participé à cette journée, soit 15 tiers-lieux existants et 30 en projets. De quoi confirmer l’intérêt du sujet chez nos amis Nantais (et bien au-delà) !

Un spécial et grand combo bravo / merci à Mélanie, Damien et toute l’équipe des Ecossolies pour leur accueil chaleureux et les temps de partage qu’ils ont su créer ! On se revoit très bientôt pour continuer à créer des ponts entre nos deux Régions … #staytuned

 

Chloé Rivolet