Au pays des tiers-lieux, tiers-lieux & tourisme

Table ronde animée par Charlotte Emery – MONA & Lucile Aigron – Coopérative Tiers-Lieux.

Si vous pensez lire un article sur le marketing territorial, passez votre chemin mesdames et messieurs ! Ce n’était pas la finalité de cette rencontre entre les deux réseaux des offices de tourisme et des tiers-lieux de la Nouvelle-Aquitaine.

Si la MONA et la Coopérative des Tiers-Lieux travaillent le sujet depuis 4 ans, c’est qu’il y a plusieurs entrées, plusieurs façons d’imaginer cette relation tourisme et tiers-lieu. Notre intention principale est d’explorer de nouvelles pistes de développement pour les tiers-lieux et de regarder si les axes touristiques sont des leviers pour créer du collectif sur les territoires.

Avec les témoignages de :

Tout d’abord, regardons les points communs entre nos deux réalités. La culture de l’accueil et de l’écoute y est fondamentale, peu importe les raisons pour lesquelles les personnes entrent dans nos murs. C’est le point de démarrage de notre relation avec elles et la première porte d’entrée sur un territoire. Ensuite, c’est la relation et la connaissance du territoire, cette façon de raconter le local. Chaque structure à son niveau valorise le local : savoir-faire, patrimoine, loisirs, bons plans, services…

Le rôle d’agrégateur est aussi une donnée commune. Au-delà de l’aspect information et plateforme d’aiguillage, nos approches visent également à dynamiser des écosystèmes professionnels : des acteurs du tourisme pour les uns, des acteurs socio-économiques en général pour les autres.

Notre approche visait à mieux connaître nos métiers respectifs et à rechercher des complémentarités. N’hésitant pas à revenir sur le sens lit­téral des « syndicats d’initiatives », les tiers-lieux ont pu montrer leur attachement à cette étymologie. Même si c’est une époque révolue pour les offices de tourisme, il faisait toutefois écho à beaucoup de tiers-lieux encore très animés par des bénévoles engagés. Ce mode de gestion par les collectifs est à la source des dynamiques citoyennes portées par les tiers-lieux.


Repérage des initiatives existantes

S’appuyant sur l’existant et des études terrain, les contributeurs de cette matinée ont pu donner un aperçu assez riche des nouveaux projets qui étaient en train de voir le jour à la fois en milieu rural, en ville mais aussi sur la métropole. Toutes les configurations de territoires peuvent y trouver des idées.

Nous retiendrons à travers l’exemple de Delphine Empio, ancienne facilita­trice de l’Arrêt Minute à Libourne (33) que la démarche de création d’une offre de tourisme d’affaires a été réalisée en coconstruction avec l’office de tourisme de Libourne. Les acteurs du tourisme ont travaillé avec les coworkers pour met­tre en place une offre à destination des professionnels de passage. Une convention entre les deux structures a permis de valoriser les acteurs en présence.

Le coliving avec Les Terrasses du Patio propose des hébergements associés aux espaces de travail pour les professionnels de passage au Bouscat en Gironde. Ouvert depuis moins d’un an, c’est déjà près de 450 nuitées qui ont été proposées sur la métropole dans l’ancien appartement du trésorier des impôts.

L’accès à la fibre, un territoire transformé lors de l’accueil massif de touristes, l’accueil de travailleurs nomades, sont autant de nouveaux usages et de nouveaux sujets à traiter.

La démarche Work&Surf de Lacanau (33) qui voit sa population augmenter considérablement lors de la saison estivale est un formidable levier pour l’association A l’Ouest Coworking, mais aussi pour le point touristique de la plage qui développe une nouvelle fonction d’accueil pour les personnes qui souhaitent une connexion internet. Quant à Cowork en Ré fibré en haut débit, serait-­il un argument pour prolonger son séjour sur l’Ile de Ré (17) ?

Un bémol toutefois avec l’accueil des touristes et nomades de passage qui ne s’intègrent pas dans la vie des tiers-lieux facilement. Ce « mode de consommation des lieux » n’est pas toujours pensé dans les processus d’accueil des tiers-lieux qui aiment construire des relations durables, prendre le temps de la rencontre.

Par ailleurs, les tiers-lieux construits sur d’importants sites industriels, patrimoniaux, réinventés à travers leurs usages, sont aussi porteurs d’une nouvelle offre et d’une nouvelle façon de découvrir le patrimoine revivifié par ses habitants.

L’accès à la fibre, un territoire transformé lors de l’accueil massif de touristes, l’accueil de travailleurs nomades, sont autant de nouveaux usages et de nouveaux sujets à traiter.

Si le combo – salle de formation & restauration – ou – fablab & animation ” incentive ” – est un choix privilégié par les organisations pour leurs séminaires et leurs rencontres professionnelles, nul doute que le côté atypique de certains tiers-lieux pourra surprendre. Qu’on se le dise, pour ne pas faire de déçus ! Si le choc culturel est souhaité, foncez !


Mutations, qui se transforme en quoi ?

Au delà de la création d’offres nouvelles, une volonté profonde de reconfiguration des modèles est de mise. Les tiers-lieux seraient tentés de donner aux points touristiques ouverts la moitié de l’année un nouveau souffle. Valence en Poitou est un exemple en cours de négociation pour porter au sein de cette antenne une boutique de créateurs et producteurs locaux ainsi qu’un accueil café. L’association L’Ouvre-Boîtes est également tentée d’être partenaire de l’office de tourisme sur la mise en oeuvre, voire l’aide à la commercialisation de séminaires au sein de l’Abbaye de Valence fraichement restaurée par la collectivité.

Le tiers-lieu de Bègles (33) a également travaillé sur la création d’un pôle touristique périurbain pour compenser l’effervescence consentie à Bordeaux par l’Office de Tourisme central. Son travail sur son histoire industrielle avec les sècheries de morue et le dévelop­pement des projets durables et citoyens créent une nouvelle trame verte pour la métropole.  

Avec La Halle de Clairac (47), le point touristique devient tiers-lieu en initiant une démarche collective et une programmation variée qui transforme cet ancien musée en espace de travail, café associatif et point touristique.

Des offices et tiers-lieux créatifs, accueillants, hybrides ou coopératifs, force est de constater que c’est l’humain qui fait le projet, le collectif, l’état d’esprit et la coopération sa réussite.

La créativité n’étant pas l’apanage des tiers-­lieux et le professionnalisme celui des offices de tourisme, cette rencontre a vraiment mis en avant une envie de poursuivre davantage autour d’une offre régionale à initier pour découvrir le pays des tiers-lieux.

Lucile Aigron

Un article extrait de la Revue sur les tiers-lieux #3.

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