Veille & benchmark

Pour la deuxième année consécutive nous avons administré un questionnaire aux tiers-lieux du territoire qui vise à recueillir l’analyse de ces espaces de travail partagés sur l’ensemble de leurs activités afin de dresser un portrait de l’évolution de ces espaces, de leurs impacts et de leurs pratiques.

Le temps de maturation

Nous savons que le temps de préparation des projets est assez long pour permettre aux tiers-lieux de démarrer dans de bonnes conditions. En effet l’aspect communauté, identification des besoins est un préalable indispensable à la réussite et à la pérennité des projets. L’inverse n’a jamais été démontré, plus particulièrement en milieu rural.
La majorité des tiers-lieux mène un travail en amont très important pour préparer l’ouverture de l’espace. De nombreux freins sont à lever, la coopération locale prend du temps et le cadrage du champ commun également.
Preuve à l’appui, sur le total des 77 répondants au sondage « Photographie des tiers-lieux en Nouvelle-Aquitaine à l’été 2016» :
• 1 espace a ouvert de suite,
• 36% ont mis moins d’un an (de 6 à 9 mois minimum),
• 23% ont passé un an / un an et demi à préparer l’ouverture,
• 25% ont mis 2 ans
• et 15%s ont mis plus de 2 ans à ouvrir.

Utilité de l’intervention publique

61% des espaces déclarent avoir bénéficié d’aides publiques pour démarrer, qu’elles proviennent de la région ou de la commune / agglomération de résidence.
Les 39% restant n’en ont pas fait l’usage pour ces trois raisons :
• une situation géographique de premier choix souvent en coeur de ville ou métropole permettant de bénéficier d’un flux permanent de publics ; souvent exclus des dispositifs
en premier lieu,
• des lieux qui ne souhaitent pas faire appel aux fonds publics,
• des dispositifs peu adaptés et/ou trop resserrés (en ex Poitou-Charentes, avant 2016, le dispositif était ouvert uniquement aux communauté de commune de moins de 35 000 habitants).
Pour autant 12% trouvent que leur relation à l’institution publique est inexistante ou insuffisante. Localement, les tiers-lieux ont encore leurs preuves à faire et leurs projets sont souvent mal reconnus de part leur aspect transversal, coopératif et nouveau dans le paysage.
Le tiers-lieu aurait toute sa place dans les organes démocratiques locaux (de concertation, voire de décision) comme dans les instances de la société civile des Syndicats de Pays ou dans les comités techniques économiques organisés par les communautés de communes ou d’agglomération.

Encore trop petit, le tiers-lieu n’est pas toujours pris au sérieux localement. Son ancrage local et la fédération d’acteurs économiques à l’instar des clubs d’entreprises supposent pourtant aujourd’hui cette place.

Faits marquants du secteur

Les Tiers-Lieux se professionnalisent

Le sondage 2015 n’a pas déterminé le nombre d’emplois effectif à cette période. Cependant, la norme était de concevoir les lieux sans ressource salariée, les lieux faisant l’objet d’un fort taux de bénévolat dans les équipes.
Le détail et la lecture des bilans déposés entre 2011 à 2015 pourraient démontrer une valorisation plus importante du bénévolat qu’aujourd’hui.
La moitié des tiers-lieux répondant au sondage en 2016 ont un emploi salarié soit 39 emplois dont 26 en voie de pérennisation, les autres ne savent pas ou ne pensent pas pouvoir garder leurs ressources humaines.
On perçoit donc un effort dans le recours aux salariat, facilité par les aides à l’emploi (14 emplois aidés), des contrats à durée déterminée (19 CDD) et plus sporadiquement le recours aux stagiaires, contrat de professionnalisation et service civique sont évoqués. 15 CDI sont également évoqués au sein des réponses.

Dominés par l’économie sociale

Plus de 70% des tiers-lieux ont une gouvernance propre aux entreprises de l’économie sociale (associations / SCIC, SCOP).
Dans «Autres», nous pouvons retrouver d’autres acteurs comme un groupement de producteurs, une société publique locale ou des universités.

Freins & leviers

Quels sont les 3 leviers que vous avez identifié ?

• 60% évoquent l’effet réseau, le bouche à oreille et l’élan du groupe comme un levier puissant, c’est la connaissance du territoire qui prime.
• 25% mentionnent que la communication et l’animation du lieu est une source de réussite car elles attirent les publics nouveaux avec différents formats et contenus
• 20% évoquent les financements et les fonds financiers comme nécessaires à la réussite
• 19% pensent que proposer différents types de services (hybridation) est une bonne solution pour diversifier les entrées d’argent
• 17% pensent que les relations aux collectivités et la confiance qui en découle, prescrivent à terme ces nouvelles formes de coopération locale.
• 17 % pensent que la régularité des utilisateurs et la réponse à un besoin bien identifié est un élément clé de succès
• 15% pensent que l’emplacement et la qualité des lieux attirent plus facilement les personnes à utiliser et à se sentir bien
• 13% évoquent l’ambiance conviviale ainsi que l’éthique du projet
• 13% estiment que les ressources humaines sont nécessaires pour le bon développement qu’il s’agisse des compétences mais aussi des contributions des membres
• 7% appuient le paragraphe précédent en affirmant que la gouvernance partagée est un bon levier pour faire prendre conscience des enjeux du projet
• 5% mentionnent les valeurs d’accessibilité tarifaire et l’ouverture à tout type de publics
• 5% affirment que l’accompagnement est un besoin
• 4% ont eu pour levier leur légitimité comme atout pour négocier localement et faire reconnaître leurs actions plus largement

Quels sont les 3 freins que vous avez identifié ?

• 55% estiment être freinés par l’aspect culturel des tiers-lieux en terme de compréhension
• 48% souffrent de problèmes de trésorerie ou de financements ; les porteurs de projets étant souvent novices sur le pilotage financier, surpris par l’usage flexible de leurs utilisateurs (turn-over)
• 43% pensent que leur organisation générale est défaillante, le changement étant parfois difficile à intégrer et les moyens humains comptés
• 39% évoquent l’aspect concurrentiel du marché, des problèmes d’emplacement pas toujours adéquat et une conjoncture difficile pour les utilisateurs même sur des petits forfaits. Peu d’entre eux y voient encore une forme d’investissement pour le développement de leurs organisations.
• 28% sont peu soutenus localement et déplorent un engagement politique assez pauvre
• 13% déclarent manquer d’accompagnement ; nous pouvons ajouter à cette remarque que ce point est à associer aux problèmes d’organisation et de financement
• 11% ressentent des problèmes de lieu ou de matériel
• 2% ont un accès internet insatisfaisant

Un secteur encore très jeune qui commence à compter

• 38% des tiers-lieux sont nés en 2016
• 25% en 2015
• 21% en 2014
• 12% en 2013
• 5% entre 2005 et 2012
Sur les 109 tiers-lieux répondant au «Grand recensement des tiers-lieux» en juin 2016, on dénombre 39 000 m2 dédiés à ces espaces partagés et plus de 2 400 places réservées à ces nouveaux travailleurs.

Les tiers-lieux projettent :

• 48% ont pour objectif de déménager, de s’agrandir et développer de nouveaux services,
• 42% souhaitent maintenir l’existant ; ces réponses s’entendent facilement car le secteur est assez neuf et les projets ouverts depuis peu,
• 2 tiers-lieux envisagent une fermeture.
(les 8% restant ont répondu “autre”)
Le secteur est donc encore en pleine évolution et s’adapte en proposant soit de nouvelles offres, soit en passant une taille critique leur permettant de structurer un modèle économique.

Pour aller + loin

Découvrez nos publications

This is a unique website which will require a more modern browser to work!

Please upgrade today!